La France sous l'Occupation (3) [12/11/08]

Publié le par Ph NAUDIN

III) LA RÉSISTANCE

 

A) La France libre

1) La constitution

Elle naît le 18 juin 40, à l'appel du général De Gaulle qui va être reconnu comme chef des « Français libres » par le gouvernement britannique dont il reçoit le soutien financier dès août 40.

 

         elle se concrétise par la création des FFL (Forces françaises libres), et du Conseil de défense de l'Empire français. Bientôt elle est rejointe par le général Leclerc et Felix Eboué, gouverneur du Tchad, qui rallient à la France libre toute l'Afrique équatoriale (AEF), dont le poids économique et militaire n'est pas négligeable ; les forces françaises libres, avec les blindés de la 2ème DB, participent dès 40 à toutes les opérations britanniques contre les Allemands. Leclerc s'impose à Koufra et  le général Koenig à Bir Hakeim.

         les troupes directement sous l'autorité de De Gaulle sont plus hétérogènes : rescapés de la poche de Dunkerque, volontaires du corps expéditionnaire de Narvik, quelques bâtiments de la Marine ; quelques escadrilles aériennes sont incorporées à  La RAF. A partir de juin 43, les troupes du général Giraud en Algérie seront fusionnées avec les FFL. Au total, environ 400 000 hommes.

         l'état-major est composé, outre De Gaulle, de l'amiral Muselier, des généraux Legentilhomme et Catroux.

 

2) les actions :

         Outre les moyens d'actions purement militaires, les FFL disposent de réseaux d'informations et de liaisons radio avec la résistance intérieure.

         Plus discrète, mais néanmoins incontournable est l'action de Jean Monnet, d'abord chef du Comité de coordination de l'effort de guerre franco-britannique en 39, il poursuit sa tâche au service de l'approvisionnement de guerre et conseille les USA . Il a eu, en 43, la délicate mission de réconcilier de Gaulle et Giraud : c'est là qu'il a le moins bien réussi !

 

B) les résistances intérieures 

Elles concernent d'abord quelques hommes isolés  les auditeurs du 18 juin 40 sont très peu nombreux – et elles resteront très minoritaires : on estime à 200 000 personnes, le chiffre des résistants français, dont 60 000 morts au cours des combats...

La formation des réseaux :

           En juin 40, seuls quelques « réfractaires » manifestent de manière isolée, leur refus de l'armistice : Edmond Michelet à  Brive (tracts) dès le 17/6/40 ou le maire de La Rochelle, Vieiljeu, qui refuse d'abaisser le pavillon français le 23. Le 11 novembre 40, les étudiants parisiens manifestent, malgré les interdictions...En fait, c'est encore une affaire individuelle...

           Dès 1941, la donne change : avec le plan Barbarossa et l'attaque de l'URSS, les Allemands vont jeter les communistes français dans l'opposition au régime de Vichy. C'est déjà un réseau  structuré de syndicalistes et de militants : il se dote alors d'un organe politique, « le Front National » et d'un bras armé, « les francs-tireurs et partisans » (FTP), commandé par Charles Tillon.

         D'autres mouvements vont se créer spontanément :

          En zone sud où c'est plus facile, vont se réunir des groupes isolés autour d'Henri Freney et du mouvement « Combat » : c'est pourtant un partisan de Pétain et de la Révolution nationale, qui gardera des liens avec le ministre de l'intérieur de Vichy (Pucheu) jusqu'à ce que l'invasion de la zone sud résolve la question. A l'opposé, un autre mouvement, « Libération » animé par d'Astier de la Vigerie, entre très tôt en contact avec le général de Gaulle. « Francs Tireurs » recrute plutôt dans la bourgeoisie de gauche.

          En zone nord : « Ceux de la Libération »  issus de la droite nationaliste (Colonel de la Roque) et l'OCM, Organisation civile et militaire, de même tendance ; « Libération-Nord » regroupant des syndicalistes CGT et CFTC ; « Ceux de la Résistance » lié à  « Combat », auxquels il faut ajouter le Front national (PC).

Le fonctionnement :

          les réseaux envoient des renseignement au BCRA (Bureau central de renseignement) du colonel Passy à Londres, qui organise les « passages ».

          les divers mouvements éditent une presse clandestine pour sensibiliser l'opinion et contrer la désinformation de Vichy.

          les sabotages  perturbent le bon fonctionnement des communications : en particulier, les cheminots s'organisent pour retarder les trains militaires allemands qui transportent les troupes et les denrées réquisitionnées.

 

C) L'unification de la Résistance :

 

         C'est l'oeuvre de Jean Moulin : préfet de Chartres, révoqué par Pétain pour son manque d'enthousiasme envers Vichy, il passe en Angleterre après avoir pris quelques contacts avec les mouvements clandestins : il est convaincu que le salut réside dans l'union des forces d'opposition à l'occupant.

          De Gaulle le charge de cette mission pour laquelle il est parachuté en Provence : pendant un an, changeant constamment d'identité et de résidence, il installe un organisme d'information et de presse (Georges Bidault), un comité d'études chargé d'envisager la situation économique de l'après-guerre, un système de noyautage des administration ; de plus, en rapport constant avec Londres, il organise le parachutage de personnalités et de matériel.

          Jean Moulin réussit à réunir, non sans mal – Frenay n'est pas très chaud, les 3 mouvements de la zone sud en un seul, le Mouvement Uni de Résistance (MUR)  dont les forces armées se regroupent au sein de l'Armée secrète, aux ordres du général De Gaulle .

          En 43, dans la zone nord cette fois, il réunit à Paris, au nez et à la barbe de l'occupant, le premier Conseil National de la Résistance (CNR) où tous les partis politiques et syndicaux clandestins sont représentés.

La Gestapo, sur dénonciation, mettra fin à son action, après avoir réussi à arrêter le général Delestraint, chef de l'Armée secrète. Mais l'essentiel est fait...

         En juin 43 à Alger, le général De Gaulle est d'abord snobé par les Américains, qui avaient traité avec Darlan, en Algérie pour raison familiale, puis Giraud ; il devient alors le président du Comité de Libération Nationale (CNL), avec ce même Giraud (son ennemi intime qui avait tout fait contre les théories de De Gaulle sur les chars !). La partie était à ce point essentiellement diplomatique : Roosevelt voyait De Gaulle comme un dangereux aventurier et ne voulait pas se fâcher avec Vichy, tandis que Darlan, ex-ministre de Pétain, tournait sa veste et allait au-devant des Américains ...Pas simple ! Darlan va être victime d'un attentat.

         En août 43, la situation s'éclaircit : De Gaulle est seul président du CNL, reconnu par les Alliés comme seul représentant de la France. Il installe une Assemblée consultative provisoire. Les troupes françaises d'Afrique participent à la libération de l'Italie et au débarquement de Provence (août 44).

         En 1944, les combattants de la résistance sont regroupés sous les ordres du général Koenig sous l'étiquette FFI, Forces Françaises de l'Intérieur. Selon le mot d'Eisenhower qui dirige les opérations du débarquement de Normandie, leur appui équivaut à celui de 15 divisions...

Une poignée d'hommes décidés, une bonne organisation et pas mal de système D, ont permis à la France libre de trouver sa place dans le combat contre le nazisme.

 

IV) LES CONSEQUENCES HUMAINES

 

La société d'entre-deux guerres portait en germe ce que révèle la période d'occupation :

          l'incurie des politiciens, aveugles et imprévoyants, croyant malgré la réalité rouler les Allemands

          la passivité de la bourgeoisie qui redoute plus que jamais, après l'épisode du Front populaire, « les partageux » ou les « bolcheviks » ;

          la faiblesse des classes moyennes toutes occupées à chercher le ravitaillement, satisfaites dans un premier temps d'un retour à la paix et à l'ordre prôné par l'entourage du Maréchal.

          La propagande fait le reste ; Mers-el-Kébir a un impact insupportable pour l'opinion publique française. Le pacifisme ambiant entre-deux guerres n'incite pas à la résistance : le patriotisme frileux de Vichy suffit et soulage tout le monde ...

 

A) Des traumatismes qui auront des conséquences sur la sociétés française:

 

         Abandon du mythe rural dès 1947 : les Français acceptent enfin que la force de la nation soit dans l'industrie ; il faut penser que c'est en 1935 seulement que la société française se partage entre ruraux et urbains à 50 %.

NB : la crise de 29  a  été moins violente parce la France est moins moderne, moins industrialisée que ses voisins. On gère la « maison France » en « bon père de famille », on ne fait pas d'économie politique ni de prospective : d'où un outil de production vétuste et une faible productivité.

Causes :

          Le vichyisme et l'Occupation vont apporter la revanche des ruraux, mal considérés : il existe une ségrégation de fait. De plus, les lois de Vichy qui mettent en avant les valeurs familiales pérennisent les exploitations familiales à polyculture contre les grandes exploitations modernes ð une hostilité certaine contre les gens des villes et les « fonctionnaires » qui maintenant sont réduits  par le rationnement à quémander dans les campagnes.

 Le ravitaillement est la grande affaire : en 42, le ministère de l'agriculture est fondu avec celui du ravitaillement.

          Rationnement dans les villes où l'on fait la queue pour obtenir quelques denrées contre des tickets. Mais, du fait des stalags et des maquis, il reste peu de bras à l'agriculture ; il n'y a pas d'engrais, ni de semences et guère de pétrole. dans ces conditions la productivité est en chute libre et la ration individuelle se réduit comme peau de chagrin.

             le pain est de plus en plus noir : on ajoute de la sciure de bois à la farine !

             les légumes se réduisent aux topinambours et aux rutabagas ..

             les prix s'envolent : on fait du troc contre du sucre, du chocolat, du linge ...ou des postes de radios : on en comptait 1 320 000 en 39 en région parisienne, contre seulement 1 190 000 en 43 !

           le ravitaillement familial se fait en vélo, faute de carburant : d'ailleurs les autos sont réquisitionnées par l'occupant... C'est un des rares biens qu'on voit augmenter à cette période : de 8 320 000 vélos en 39, on passe à plus de 10 millions en 42.

 

           « le marché noir » : les transactions commerciales sont surveillées par Vichy, mais en période de disette s'installe partout un marché parallèle, parfaitement organisé en réseau régional, voire national ; la clientèle aisée (10% de la population), prête à payer le prix ne manque de rien (cf. « La bicyclette bleue » de Régine Desforges).

          Ce marché porte non seulement sur les produits alimentaires, mais aussi sur quantités de produits finis qu'on ne peut obtenir qu'avec des tickets : pneus de vélos, tabac, cuir, chaussures (à semelles de bois articulées !) ; des cartes de pain, vraies ou fausses,  etc.

          Cette activité sera à la base de nombreuses dénonciations pendant la guerre et de l'épuration sauvage   des premiers jours de la Libération. Ce sera aussi la cause de fortunes toutes neuves, prêtes à s'investir à ce moment-là : c'est la raison pour laquelle on n'y regardera pas de trop près !

NB : le marché noir ne disparaîtra pas avec la fin de la guerre, mais seulement lorsque la production sera suffisante,  vers 1948, en même temps que les tickets de rationnement.

 

b) Des restrictions qui auront des conséquences sur la démographie :

 

         A la campagne :

          la mortalité : en baisse depuis le XIXème siècle dans les départements ruraux, continue sur la même courbe.

          la natalité se redresse même : dans 36 départements, on a plus de naissances en 43 qu'en 38 ; (essentiellement dans le Nord, Est et Nord-ouest).

 

         Dans les villes :

          la mortalité augmente : les vieillards sous-alimentés et sans chauffage (les hivers ont été très rudes) ; les enfants, peu nombreux sont rachitiques par manque de protéiniques et de vitamines (lait et produits frais)

          la natalité baisse : le poids à la naissance diminue ; on constate même un déficit de croissance : de 7 cm pour les garçon de 14 ans ; de 11 pour les filles (à Paris en 44).

          On relève des différences selon les villes : Bordeaux, Limoges, Rouen, s'en sortent mieux que Marseille, Nancy ou Orléans, sans arrière-pays.

Avec la Libération, la ville va définitivement gagner sur la campagne : les exploitations familiales non-rentables, maintenues par la guerre, vont être condamnées à  l'exode rural ; c'est sûrement une des conséquences majeures pour l'histoire de la société française du XXème siècle.

 

 

 

CONCLUSION  : Bilan provisoire...

 

 

         Un pays démoralisé  ( ce qui signifie ici que les valeurs morales en ont pris un coup) :

          Des haines tenaces liées à des enrichissements suspects : les délateurs étaient « récompensés » sur les biens de leurs victimes ; on a vu des frères se dénoncer entre eux, des enfants vendre leurs parents...La victime se retrouvait en prison ou déportée...

          Les premiers jours de la Libération vont se traduire par des règlements de comptes avant que le général de Gaulle, conscient des enjeux, ne place dans chaque département les « comités de Libération » sous le contrôle de « commissaires de la République ». On estime à 10 000 les exécutions sommaires ; 160 000 dossiers seront instruits par la justice ( les magistrats sont les mêmes que sous Pétain...) ; 7 000 condamnations à mort seront prononcées, mais seulement 760 exécutées, dont Laval ; Pétain verra sa peine  commuée en détention à vie par le général De Gaulle...

          Le pays, comme le monde entier, est en état de choc devant la découverte des camps de concentration...

 

         un pays dans un état lamentable

       

          * sur le plan démographique :

          600 000 morts et un déficit de naissances estimé à 530 000 ;

          les drames engendrés par le retour des prisonniers ;

          les réfugiés des pays de l'Est, fuyant devant l'Armée rouge soviétique.

          * sur le plan économique :

          les bombardements alliés ont causé de grosses destructions au potentiel industriel que les Allemands s'étaient bien gardés de démanteler ;

          les sabotages opérés par les FFI pour empêcher les Allemands de recevoir des secours ont détruit ponts et routes.

          les pillages systématiques perpétrés par les Allemands (déménagement de machines ou ...de musées )

          les bombardements laissent 1 million de sans-abri.

 

Tout reste à faire...

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Publié dans Cours

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