La Guerre Froide I (1) [17/12/08]
LA GUERRE FROIDE (1) : la formation des blocs
I - RAPPELS : les origines de l’affrontement
A) "La Grande alliance " de 1945
- à la conférence de Téhéran (1943), Anglais, Russes et Américains avaient désigné leur ennemi commun : l' Allemagne.
- à Dumbarton Oaks (USA), Anglo-saxons, Russes et Chinois posent les principes de ce qui sera l'ONU(1943).
- les Russes participent de même à la conférence de Bretton Woods qui définit le nouvel ordre économique international et où le dollar devient la monnaie de référence (1943).
- les conférences de Yalta (février 45) et Potsdam (juillet-aôut 45) consacrent l’entente des 3 puissances, après la victoire.
Cependant, on peut noter déjà des divergences. d'intérêts et d'idéologie, entre :
* la Grande Bretagne que la guerre a épuisée et dont l'Empire s'agite (Inde) ;
* l'URSS, en partie ruinée par d' énormes pertes humaines et les combats qui se sont déroulés sur son sol. (20 millions de morts)
* les USA, par contre, tirent leur épingle du jeu puisque leurs pertes sont peu élevées, la guerre s'est jouée sur d'autres continents et leur potentiel industriel s'est considérablement développé (20%) pour faire face à l'effort de guerre.
Les derniers instants de l'entente vont se jouer autour des traités (Traité de Paris 1947), des procès de Nüremberg où l'on juge les criminels de guerre nazis (45-46) et de la création de l’ONU à la conférence de San Francisco (1945)
B) les désaccords de 1945 - 46
l'URSS s'attire les griefs de ses alliés, sur plusieurs points :
* les Russes revendiquent le contrôle sur des territoires voisins : l’Arménie turque (il existe une République arménienne au sein de l'URSS) ou le nord de l'Iran. Ils veulent surtout un accès Méditerranée pour leur flotte de guerre et demandent la maîtrise des Détroits entre la Noire et la mer Egée (cf. carte : détroits du Bosphore et des Dardanelles) . Les Anglais s'y opposent farouchement, puisqu'ils dominent la Méditerranée et que le canal de Suez qui rejoint l'Océan indien est vital pour leurs relations commerciales avec le reste de leur Empire (Inde). Staline va devoir céder sur ce point.
* les Alliés occidentaux accusent les Soviétiques d'entretenir la guerre civile en Grèce où résistants communistes s'opposent aux résistants monarchistes, une fois la guerre finie. De même en Chine, les communistes poursuivent leur révolution.
* les Occidentaux voient d'un mauvais oeil la politique de soviétisation imposée aux pays d'Europe de l'Est :
- déplacements massifs de populations ;
- gouvernements communistes imposés dans les pays « satellites » (Roumanie, Hongrie, Pologne etc.)
- pas d'élections libres, contrairement aux dispositions de Yalta et Potsdam et à la Charte de l'ONU...
* la Pologne : c'est l'ennemie traditionnelle de la Russie ; or, rien n'a été prévu dans les accords de paix l'URSS va profiter de cette erreur en lui imposant la ligne Oder-Neisse, (2 rivières à l'ouest de la Pologne) comme frontière définitive à l'ouest : les Allemands résidant à l'est de cette ligne sont expulsés vers l'ouest sans ménagement. La Pologne voit, cette fois-ci son territoire repoussé vers l'ouest, les Russes s'installent sur les terres libérées à l'est.
NB : - le berceau de l'état allemand, la Prusse, est alors partagé entre la Pologne et l'URSS.
- il n'est pas tout à fait exact de dire que rien n'avait été prévu : à Yalta, les Russes avaient imposé des délégations très réduites et aucune note ne devait être prise ; en particulier, on a « découpé » l'Europe sans carte...Staline savait qu'il existait 2 rivières portant le nom de Neisse, toutes les deux affluents de l'Oder : il a eu beau jeu, ensuite, d'imposer celle qui lui convenait le mieux !
Pour faire bonne mesure, les Russes vont installer un gouvernement communiste à Varsovie, après un simulacre d'élections.
Les Américains protestent.
* L' Allemagne est administrée par « un conseil interallié » ; en fait, chacun des 4 pays occupants s'organise dans sa zone et agit à son idée.
2 logiques s'affrontent :
- les occidentaux voient plutôt l'Allemagne comme un futur partenaire et ne tiennent pas à réitérer l'expérience du Traité de Versailles qui avait marginalisé l'Allemagne et l'avait aigrie. L'idée de base est donc de mettre en oeuvre sa réindustrialisation. C'est le sens du discours de Barnes (secrétaire d'Etat américain qui succède à Marshall en septembre 46). Il envisage une Allemagne réunifiée, associée aux pays « pacifiques » et membre de l'ONU.
- les Soviétiques ont plutôt une vision proche de celle des Alliés en 1918 : l' Allemagne doit être mise à genoux, pour lui éviter tout moyen de susciter une nouvelle guerre mondiale : Staline fait démonter les usines de sa zone d'occupation et les réinstalle en URSS ...
NB : c'est ici que se situe le « discours du rideau de fer», prononcé par Churchill le 5 mars 1946 devant les étudiants de l'université de Fulton (Missouri) : déjà sceptique à Yalta, l'ex-Premier ministre britannique n'a plus aucune illusion sur les ambitions de Staline.