Relations internationales 1920-1939 (4) [08/10/08]
IV) L’EUROPE
a) "L’Allemagne paiera !"
Pour s’y retrouver, il faut repartir en arrière : lors du traité de Versailles (juin 1919), les Allemands, absents de la table de négociation, sont déclarés responsables de la première guerre mondiale et par conséquent doivent réparations.
> Les clauses territoriales :
- L’Alsace et la Lorraine reviennent à la France
- L’Allemagne perd la Prusse orientale, la Posnanie, la Haute Silésie.
- Dantzig est déclarée "ville libre"
- L’exploitation de la Sarre, sous mandat de la SDN, est confiée à la France au titre des réparations.
- Les colonies allemandes, de même, sont confiées à la France et à l’Angleterre, via la SDN.
> Les clauses de sécurité :
- Limitation de l’armée allemande à 100 000 hommes.
- Démilitarisation de la Rhénanie.
- Occupation temporaire de la rive gauche du Rhin.
- Désarmement de l’Allemagne : ni aviation, ni artillerie lourde, ni chars…
> Les clauses financières :
- L’Allemagne doit payer les dégâts subis par les vainqueurs, soit 132 milliards de marks-or par annuité
- … ce qui représente à la fois une humiliation et une aberration comptable, un " Diktat" dit-on en Allemagne : le pays est hors d’état de payer, même des sommes raisonnables …
1. La conférence de Spa : les alliés fixent le taux des réparations ; l’Allemagne se fait tirer l’oreille ; Briand, jugé trop conciliant, est remplacé par Poincaré qui repousse tout moratoire.
2. 1923 : l’occupation de la Ruhr : Français et Belges, lassés d’attendre, font rentrer des troupes d’occupation dans la région la plus riche d’Allemagne (fer et charbon) pour détenir un "gage productif". Le chancelier Stresemann recule et négocie la reprise des paiements. La population allemande se met en grève, avec le soutien du gouvernement, pour protester contre la présence étrangère sur le territoire allemand.
3. 1924 : plan Dawes : il faut cependant rediscuter à la baisse le montant global des réparations. Un prêt américain doit aider l’Allemagne pour les premiers versements ; de plus, l’Allemagne pourra s’acquitter de sa dette en marchandises et en services. La commission des réparations exerce un contrôle sur les finances allemandes.
4. 1929 : plan Young : il prend la suite du plan précédent ; un comité d’experts présidé par les Américains établissent un plan définitif : les annuités, encore réduites, sont étalées jusqu’en 1988. En cas de crise économique, les Allemands peuvent obtenir un moratoire (= un délai de paiement) ; la commission de contrôle disparaît ; les troupes franco-belges évacuent l’Allemagne.
5. 1932 : Lausanne : suite et fin du roman ! Sur pression des Américains, crise économique aidant, l’Allemagne est libérée de sa dette après un versement de 3 milliards de marks-or pour solde de tout compte … lequel ne sera jamais acquitté !
b) les problèmes politiques
Les problèmes ne manquent pas : nationalités, éclatement des grands empires, guerres locales …
> Une série de traités séparés vont résoudre les problèmes régionaux, en 1919-1920 : les traités de St Germain en Laye et de Sèvres entérinent l’éclatement des empires austro-hongrois et ottoman. Les traités de Neuilly et de Trianon reconnaissent de nouveaux états : la Bulgarie et la Hongrie.
> 1921 : le traité de Riga met fin à la guerre entre la Pologne et la Russie soviétique, aux dépens des seconds (ligne Curzon).
> 1925 : Le Pacte de Locarno : consacre la "paix définitive" ; le rapprochement franco-allemand entre Briand et Stresemann , en présence de Mussolini, pour l’Italie et Chamberlain pour l’Angleterre dessine un avenir radieux ! Une série d’accords est signée :
- Garantie mutuelle de frontières (Allemagne, France, Belgique) ;
- promesse de recourir à l’arbitrage en cas de conflit ;
- Reconnaissance allemande des clauses du traité de Versailles : Alsace-Lorraine , démilitarisation de la Rhénanie. La France s’engage à ne plus intervenir sur le Rhin.
- L’Allemagne entre à la SDN .
> 1929 : Aristide Briand présente un projet d’union européenne : "les Etats-Unis d’Europe", "sans toucher à la souveraineté d’aucune nation" noueraient des liens économique et politiques .
NB : la mort de Briand et de Stresemann , ainsi que la montée des fascismes vont reléguer le projet qui ne verra le jour qu’après la Deuxième guerre mondiale.
> 1931 : l’Anschluss économique : l’Allemagne et l’Autriche sont l’une et l’autre très dépendants des capitaux américains : elles projette la formation d’un vaste marché à l’abri de barrières douanières. Cependant, le traité de Versailles interdit l’Anschluss (= union politique) aux deux pays qui ont une culture largement commune.
c) la montée des fascismes
Pourtant l’esprit de Genève ne va pas résister à la crise de 1929 et à ses conséquences sociales et politiques.
> Pourquoi ?
La crise économique de 29 exaspère les égoïsmes nationaux (et donc les nationalismes) et amplifie la différence entre riches (GB , FR) et pauvres (Italie, Japon, Allemagne).
> des régimes autoritaires s’installent : 1922 à Rome, 1931 à Tokyo ; 1933 à Berlin . Bientôt les démocraties ne vont plus représenter que quelques îlots en Europe. Ils cherchent dans la politique extérieure un dérivatif aux problèmes économiques internes.
1 – L’Allemagne :
> 1933 : Hitler, un personnage inquiétant, parvient au pouvoir en Allemagne : il utilise la crise et la fragilité de la République de Weimar installée à la chute de l’empire allemand. Il favorise les extrémismes, instrumentalise les mécontents de tout bord, emploie des hommes de main. Il remporte les élections de 1932 et devient chancelier en 1933.
> La doctrine nazie préconise la guerre de conquête : la "race aryenne " domine
- idée du "grand Reich" regroupant toutes les populations de langue allemande.
- un besoin d’"espace vital" (= Lebensraum).
- récupérer les territoires où vivent des populations germanisantes.
- s’en prendre aux ennemis héréditaires : les Slaves …et les Français !
1933 : Dès son accession au pouvoir, Hitler organise la terreur à l’aide des SA (sections d’assauts ou "chemises brunes").
- incendie du Reichtag ;
- arrestation des communistes et de tous les opposants potentiels ;
- en mars 33 : il obtient les pleins pouvoirs pour 4 ans.
1934 : La "Nuit des longs couteaux" est un règlement de compte interne au NSDAP (parti d’Hitler), ; on liquide les chefs SA, qui en savent trop, et ceux qui sont tentés par des dérives gauchistes.
- Hitler est plébiscité comme "Reichsführer" : son pouvoir est sans partage.
- 25/07/34 : le 1er Anschluss : un commando nazi investit la Chancellerie à Vienne et tue le Chancelier Dolfuss. Mussolini se fâche : Dolfuss était un de ses intimes ; il masse des troupes à la frontière nord de l’Italie. Hitler recule.
1935 : L’Allemagne se réarme :
rétablissement du service militaire obligatoire de 2 ans.
création par Goering de la Luftwaffe, l’armée de l’air.
Création de la Wehrmacht, l’armée de terre (36 divisions)
- violation éhontée des dispositions du traité de Versailles ; il y aura peu de réactions : la France de -Laval signe un vague traité avec l’URSS, mais sans conventions militaires.
- à la conférence de Stresa, la France, la Grande-Bretagne, l’Italie réaffirment le statu quo européen .
1936 : remilitarisation de la Rhénanie.
2 – l’Italie :
- Mussolini, installé au pouvoir depuis 1922, obtient les pleins pouvoirs en 1924 ; il se désigne comme le "Duce" le chef ; on lui doit le terme de fascisme, en référence à l’Antiquité romaine, qu’il voudrait égaler.
- Il a besoin lui-aussi d’espace vital >>> il veut reconquérir la "mare nostrum" des Romains, c’est-à-dire le tour de la Méditerranée. Il commence par envahir l’Ethiopie, pays indépendant, membre de la SDN qui ne réagit que mollement par quelques petites sanctions économiques.
3 – l’Espagne :
La guerre d’Espagne : 1936 : Victoire du front populaire espagnol, de gauche.
L’armée stationnée au Maroc se révolte sous les ordres de Franco
> 3 ans de guerre civile et 600 000 morts : les démocraties ne bougent pas ; des volontaires européens, "les Brigades internationales", s’engagent au côté des républicains espagnols.
NB : en 39, la France est encerclée par 3 pays fascistes.
Franco est aidé massivement par l’Axe Rome-Berlin : la guerre d’Espagne sert à tester le matériel allemand (cf. Guernica).
4 – L’Autriche
1938 : l’Anschluss est réalisé :
- Hitler et son armée sont fin prêts pour la guerre-éclair (Blitzkrieg).
- La subversion nazie marche bien en Autriche.
- Hitler adresse un ultimatum à Vienne et impose un nazi autrichien comme chancelier (Seyss-Inquart), qui fait appel officiellement aux troupes allemandes.
- 97% des Allemands et des Autrichiens approuvent l’unification des deux pays…
>>> molles protestations des démocraties
1938 L’annexion des Sudètes : une minorité de 3 millions d’Allemands vivent en Tchécoslovaquie ; travaillés par les émissaires d’Hitler, ils réclament l’autonomie.
Refus des Tchèques : cette région est la plus industrialisée du pays (ex : Skoda)!
Hitler fait monter les enchères >>> les Tchèques mobilisent. >>> Hitler envahit les Sudètes.
5 – le pacifisme des démocraties :
> 1938 : la conférence de Munich :
- sont présents : Mussolini, Daladier, Chamberlain ; Hitler reçoit chez lui.
- Sont exclus : la Tchécoslovaquie et l’URSS.
- C’est un triomphe pour Hitler : l’annexion des Sudètes est entérinée et des pactes de non-agression contre la France et l’Angleterre sont signés.
> Pourquoi ce marché de dupes ?
- 1937 : La France détient la supériorité militaire sur le continent. Les USA et la Grande-Bretagne ont la maîtrise des mers.
- Un certain manque de clairvoyance prévaut au gouvernement, alors que l’Allemagne se réarme en dépit des traités. Le pacifisme l’emporte en France, tandis que l’esprit revanchard s’exprime en Allemagne.
- La crise économique a entraîné partout un repli sur soi ( crise financière >>>crise politique >>>crise morale)
- La duplicité d’Hitler a fait le reste.
Conclusion
* Cependant, certains semblent plus réalistes : dès 1935, l’URSS menacée à l’ouest par Hitler et à l’est par le Japon, essaie de constituer une alliance avec les démocraties, puis devant leurs atermoiements, se décide à négocier directement avec Hitler le pacte germano-soviétique qu’Hitler ne respectera pas plus que les autres.
* Tout est en place pour un nouveau conflit de grande ampleur : 20 ans après, les mêmes causes ont produits les mêmes effets ; la crise de 29 a constitué , il est vrai, un détonateur qui manquait au conflit précédent…