La Guerre Froide III (2) [14/01/09]
II- POURQUOI 15 ANS POUR LA METTRE EN PLACE ?
1) la méfiance réciproque : les doctrines succèdent aux doctrines de part et d'autre, chacune reposant sur la peur de l'adversaire.
2) les crises locales : Cuba, le Printemps de Prague, la guerre du Vietnam entretiennent ou raniment périodiquement la tension.
3) deux conceptions irréconciliables de la coexistence s'opposent :
* pour Khrouchtchev, elle passe :
• par l'acceptation de l'existence d'un système économique et politique différent
• le respect de l'intégrité territoriale des pays,
• par le principe de "non-ingérence",
• la priorité aux négociations en cas de conflit,
• la coopération économique.
mais, la "lutte des classes" continue jusqu'à l'arrivée du communisme dans les pays capitalistes ; et la lutte se poursuit dans le Tiers-Monde contre "l'impérialisme" et le "néo-colonialisme.
côté américain, c'est le secrétaire d'état Kissinger (sous Nixon) qui définit trois principes :
• le réalisme : les USA ne peuvent rester "le gendarme du monde". Ils s’y usent comme au Vietnam, sans résultats probants : ils doivent donc se montrer plus souples.
• la retenue : chacun des deux Grands ne cherche pas à profiter des crises qui se produiraient chez l'autre.
• le "linkage", terme qui signifie "lier" ; le principe est de lier plusieurs problèmes indépendants en vue de marchandage planétaire ( c'est ce principe qu'on applique dans les négociations entre les 2 grands, quand on lie des ventes de blé américain à des diminutions de l'arsenal nucléaire soviétique).
En fait, les positions sont classiques :
- pour l'URSS qui ne renonce pas sur le plan idéologique "au grand soir", c'est-à-dire à une extension du communisme au monde entier,
- pour les USA, où le pragmatisme est une des caractéristiques, on s'adapte !
III – LES RESULTATS SUR LE TERRAIN
1 ) Les aspects diplomatiques :
* une succession d'accords sur le désarmement :
- le traité de Moscou en 63 est un traité de limitation des essais nucléaires dans l'atmosphère ; c'est un début de réglementation, mais pas de désarmement encore au sens strict.
- en 1968, c'est un traité de "non-prolifération" : les signataires s'engagent à garder ce type de technologie pour eux.
(NB. La Chine qui possède la bombe A depuis 1964 et la H depuis 67 refuse de signer, de même que la France)
- 1971 voit naître un traité d'interdiction des armes biologiques.
- la série des accords SAL T commence en 1972 et là il s'agit bien de restrictions d'armes stratégiques
(NB : le mot stratégique sous-entend nucléaire)
* des rapprochements est / ouest
- le rapprochement sino-américain : le voyage officiel de Nixon en Chine, puis l'admission de la Chine de Pékin ( aux dépens de la Chine nationaliste enfermée dans l’île de Formose Taïwan aujourd'hui) constituent pour les Américains un moyen de pression sur les Russes.
- la détente en Europe : la politique de Willy Brandt permet de mettre fin aux incertitudes laissées par les traités de la fin de la guerre : la RFA reconnaît la ligne Oder-Neisse qui fait la frontière entre Pologne et RDA ( cf. Yalta) ; de même, les deux Allemagnes reconnaissent mutuellement leur existence et leurs frontières. En 1973, elles entreront en même temps à l'ONU. La Conférence sur la sécurité et la coopération en Europe (CSCE) qui se tient à Helsinki et regroupe 35 pays dont l'URSS et les pays de l'Est va entériner, dans son acte final, le statu quo en Europe (frontières issues de la 2ème guerre mondiale).
2) aspects économiques :
* la coopération économique et technologique :
- entre URSS et USA : des transferts de technologie et des prêts des banques américaines ; en 1972, un accord commercial est signé entre Washington et Moscou qui, de fait, devient dépendant économiquement des Américains, en particulier de leurs livraisons de céréales.
- entre les 2 Allemagnes.
* de vastes marchés, jusque là inaccessibles, s'ouvrent ; même si comme tous les pays communistes les Russes et les Chinois détiennent peu de devises : les échanges entre USA et URSS vont se trouver multipliés par 5 sur la période.
CONCLUSION : QUI A LE PLUS PROFITE DE LA DETENTE ?
I - L'URSS ? elle reste la première puissance militaire ; elle obtient la coopération économique et technologique des USA dans les secteurs où elle est la plus faible ; elle reste maîtresse chez elle.
2 - Les USA ?
- semblent plus sur la défensive, après leur échec au Vietnam.
- obligés financièrement de mettre un frein à la "course aux armements"
- ils dominent cependant leur adversaire dans le domaine économique qu'ils utilisent comme arme diplomatique.
3 - L'EUROPE ? elle est redevenue une zone de stabilité : le statut de Berlin et le problème allemand sont résolus.
1975 cependant va constituer une date charnière dans les relations internationales :
- la crise économique s'installe : d'abord monétaire, elle est maintenant relayée par la crise du pétrole. L'insolente prospérité des "30 glorieuses" touche à sa fin...
- de nouveau, les Soviétiques s'engagent dans des interventions militaires multiples : en Angola, en Ethiopie, en Afghanistan... Les tensions en Europe renaissent avec les SS20.
Les Occidentaux se sentent floués par la "détente" et pourtant, déjà à Helsinki le ver était dans le fruit et c'est de cette date qu'on peut sans doute fixer le début de la fin pour l'URSS.