LA DECOLONISATION

Publié le par Ph NAUDIN

LA DECOLONISATION

 

DEFINITION : C'est le phénomène par lequel les peuples colonisés à partir du seizième siècle par les grandes puissances européennes, s'émancipent après la Deuxième guerre mondiale. Ce mouvement donnera naissance à un troisième monde (Tiers-Monde) s'ajoutant aux deux blocs Est et Ouest. Un pays qui accède à l'indépendance recouvre une identité nationale, sa souveraineté et une reconnaissance internationale

 

 

I - LE SYSTEME COLONIALISTE.

 

 

A)     les structures juridiques varient peu de 1914 à 1939.

 

- Dominions Britanniques : ils sont presque indépendants dans le cadre du Commonwealth depuis 1926.

- Mandats  donnés par la SDN à la fin de la 1ère guerre mondiale pour administrer les anciennes colonies allemandes ou provinces turques. (Syrie, Liban, Irak, Transjordanie, Palestine )

- Protectorats où " les indigènes " détiennent un simulacre d'autonomie (Maroc, Tunisie, Malaisie, Bornéo, Oman ).

- Colonies où la souveraineté est exercée directement par la métropole (certaines colonies disposent d'une représentation élue : l'Inde au suffrage restreint, la France avec des parlementaires issus des colonies).

- comptoirs commerciaux et concessions : les états européens s'implantent ponctuellement sur un port ou un territoire, avec l'autorisation de commercer ou d'exploiter une ressource du pays d'accueil. La France gardera jusqu'en 1951 les 5 comptoirs de l'Inde, établis aux XVIIeme et XVIIIeme siècles. De même, les 5 grandes puissances (Allemagne, Grande-Bretagne, France, Russie, USA) obtiennent de la Chine des concessions avec un bail de 99 ans en 1894.

NB : en 1884, la conférence internationale de Berlin procède au dépeçage de l'Afrique considérée comme "res nullius" !

 

 

 

2)      Les grands empire

*          L'Empire britannique : 42 millions de km2 ; 400 millions d' hb.

*          L'Empire français : 10,6 millions de km2 ; 62 millions d' hb.

*          L'Empire néerlandais : Indes néerlandaises, Caraïbes, Amérique du Sud.

*          L'Empire belge : Congo belge

*          L'Empire espagnol : Sahara espagnol.

*          L'Empire italien : Libye.

*          L'Empire portugais : Angola, Mozambique

 

3)      La mise en valeur des colonies :

 

-           Les métropoles se donnent pour mission d'apporter la « civilisation » aux populations colonisées  :

   ð pacification, lutte contre les maladies tropicales, problème de la faim, alphabétisation …

NB : Le rôle des Eglises chrétiennes est déterminant, en particulier dans l’alphabétisation et la santé, mais aux dépens de  l'Islam et l'animisme.

            Les résultats sont peu probants : 83% d'illettrés en Algérie, 90% en Indonésie (avant 1939).

 

-           Sur le plan économique :

 

*          les ressources des colonies viennent de l'agriculture et de l'extraction minière, (secteur primaire) ; les colons se sont appropriés les sols tant pour des exploitations forestières

 (" l'économie de traite " au Gabon) que pour des cultures d'export ( le thé d'Assam, le caoutchouc d'Indochine). Quant aux extractions minières, il s'agit de concessions de type capitaliste (ex : l'Union minière du Katanga ).

 

*          les infrastructures ont été construites en fonction de cette économie coloniale : ports, trains

( 60.000 km en Inde ), routes (" route mandarine " entre Hanoi et Saigon).

 

-  Est-ce rentable ?   Pour les grosses sociétés capitalistes, sans aucun doute.

                  Pour les métropoles et les citoyens contribuables, c'est plutôt un gouffre : les infrastructures sont financées par le budget de l'état colonisateur. Cependant, les denrées coloniales arrivent en Europe à bas prix et l'orgueil national est satisfait.

 

- Quant aux colonisés, outre les dégâts occasionnés dans leur mode de vie traditionnel, ils commencent à penser qu'ils feraient sans doute aussi bien eux-mêmes…

 

 

 

       II - LES ASPIRATIONS NATIONALISTES

 

 

A) Aspects économiques :

 

Les civilisations indigènes, souvent très anciennes, sont perturbées.

 

*          leur agriculture était de type extensif et demandait de grandes surfaces, tant pour la culture (écobuage) que pour l'élevage. Mais les terres ont été confisquées par les colons.

*          les cultures vivrières ont, de beaucoup, diminué devant les cultures d' exportations et donc l'alimentation des populations locales s’en trouve affectée.

*          Ies cultures tropicales sont sujettes à la spéculation sur le marché international, avec pour conséquence l'endettement des petits propriétaires, puis la concentration des terres aux mains des plus riches.

*          Les réquisitions de main d’œuvre locale, pour des grands travaux ou le portage, sont mal vécues par les populations ( cf. les corvées du Moyen-âge }

*          L'industrie de la métropole qui expédie vers les colonies des produits finis concurrence l'artisanat local qui décline.

*          la mortalité recule avec l'introduction de la médecine et de l'hygiène ; la natalité augmente de même que la population générale : le résultat est un appauvrissement des individus.

 

B) Aspects politiques :

 

- la plupart du temps, il n'existe pas de sentiment national, car la colonisation s'est faite au hasard des explorations ; les ethnies sont mélangées, souvent en rivalité les unes avec les autres ;

- mais la solidarité jouera contre les dominateurs européens.

- le nationalisme anti-colonialiste est le résultat :

*          de la culture européenne, dispensée dans les universités à une élite issue des riches familles indigènes ; d'abord partisans de l'autonomie, ils deviennent indépendantistes devant le raidissement des métropoles.

Ex : Nehru, étudiant à Oxford ; Léopold Senghor à Normale sup. ; Soekarno a fait des études d’ingénieur aux Pays-Bas.

 

*          des encouragements de pays  déjà libérés ; de l’URSS qui identifie colonialisme et capitalisme, des Eglises et des différentes religions ; des USA, eux-mêmes anciennes colonies de l’Angleterre.

NB : L’encyclique de 1919 rappelle que les missionnaires ne sont pas au service du colonialisme et généralise " l’indigénation" du clergé africain et asiatique. Les protestants vont dans le même sens. Par ailleurs, l’Islam s’unit contre le colonialisme autour d’un mouvement de pensée né au Caire pour la "rénovation islamique" (origine des extrémismes actuels).

 

Remarque : les actes de violence entre les deux guerres sont rares, mais la France et les Pays-Bas y répondent par une répression aveugle, radicalisant de la sorte les positions des nationalistes.

 

 

III - LA NOUVELLE DONNE APRES 1945

 

 

A) le point de vue des colonisés :

* les colons forment une minorité dans les colonies, donc, la force des colonisateurs est d’ordre militaire et maritime. Or, elle a été détruite pendant les années de guerre.

* les métropoles européennes font figure de perdants : sur le plan économique, tout est à reconstruire en Europe ; l'heure n'est pas à l'investissement dans les colonies. Militairement, les Japonais ont envahi, au cours du conflit mondial, les colonies de quatre grands empires : " le mythe de l'homme blanc " n'y résiste pas… Les relations internationales tournent au tête-à-tête URSS / USA . Il est temps d'en profiter !

 

B) le point de vue des vainqueurs : URSS / USA

 

* Roosevelt, dans la Charte de l'Atlantique, demandait le droit à l'autodétermination des peuples colonisés, non sans une arrière-pensée économique ( ouverture de nouveaux marchés ) ;

* la charte de San Francisco, fondatrice de l'ONU, et la Déclaration universelle des Droits de l'homme (1948) reprend les mêmes idéaux.

* l'URSS s'élève contre le colonialisme qui, de fait, s'oppose à l'extension du communisme.

* les opinions publiques elles-mêmes sont ébranlées et ne comprennent plus trop ce système qui leur paraît désuet

 

C) Le point de vue des métropoles

 

Elles se montrent plus conciliantes ; elles ont d'autres chats à fouetter !

* Cas de la France : en 1944, à la conférence de Brazzaville, le général De Gaulle a refusé l'indépendance immédiate, mais envisageait le transfert des compétences de l'Etat aux instances locales.

* Cas du Royaume-Uni : le "livre bleu" du gouvernement travailliste émet l'idée d'une association librement consentie entre les peuples autonomes ou ayant accédé à l'indépendance. Ne pas oublier que dans ce domaine, la Grande-Bretagne avait une longueur d'avance.

 

D)La réaction des colonisés

 

           1945 : ils veulent l'indépendance immédiate ; la Ligue arabe appelle à la révolte.

 

           1955 : la conférence de Bandoung (Indonésie) ou "conférence afro-asiatique" regroupant  Egypte, Inde, Birmanie, Ceylan, Indonésie, Pakistan … condamne le néo-colonialisme.

(Définition : maintien du monopole commercial des puissances occidentales sur les exportations du Tiers Monde). Elle dénonce, de même, l'impérialisme soviétique. Les états décolonisés se proposent de venir à l’aide des peuples qui luttent pour l'indépendance ; c'est l'émergence de ce que le démographe français Albert Sauvy a dénommé le Tiers-monde.

 

            CONCLUSION : L'entrée à l'ONU de ces nations décolonisées va modifier l'équilibre mondial dans les relations internationales.

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Publié dans Cours

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